Microfictions du mercredi

Microfictions de 560 caractères ou moins, publiées tous les mercredis, sur Facebook, Twitter et Mastodon avec le hashtag #mercredifiction.

Mercredi 30 mai 2018

Elue à 20 ans femme la plus sexy du monde, Vicky Vince vendit son image à un fabricant d’androïdes. Bientôt, elle s’agaça de trouver les rues envahies de copies d’elle-même marchant aux bras de losers en rut.

« Râle pas, disait son agent. Ils t’adorent ! Et puis tu es vivante, toi au moins : tu es bien supérieure à ces machines. »

Mais elle vieillit, se tassa, devint méchante : la seule Vicky Vince que plus personne n’avait envie de fréquenter.

A 40 ans, elle était une épave. Toutes les copies étaient meilleures que l’originale.

Mercredi 23 mai 2018

Le pire c’était toujours après l’orgasme. Rester charmant avec les filles devenait une torture. Elles le gonflaient. Impression atroce de perte de temps et de gaspillage.

Sauf avec Louise. Louise était si parfaite qu’il ne quittait plus le lit, et se sentait capable de dire de la poésie.

-T’es pas comme les autres, lui avoua-t-il un soir.
-C’est que je suis pas vraiment une fille, sourit-elle.

Choc d’angoisse. Croyant comprendre, il cessa de respirer. Et dans le silence, il entendit le ronronnement des moteurs derrière les seins.

Mercredi 17 mai 2018

Une fleur aux cheveux, le petit-fils d’Emil sifflait un air trop gai.

Grand-père s’agaçait car il avait pourtant fait son éducation : si les fleurs sentent bon et les petits oiseaux font de jolies chansons, c’est des tours de cochon. Les fleurs font les putains pour que de gros‪ bourdons suçotent leurs bourgeons. Tous les oiseaux quémandent : du foutre dans nos cons ! Ce que tu trouves beau n’est qu’affaire de fions.‬‪

-Et bien, cria Emil, oublies-tu ma leçon ?
‪-Bé j’y crois qu’à moitié. J’ai beau savoir le vrai, j’aime toujours chanter.‬

Mercredi 9 mai 2018

Le mois dernier j’ai pris la foudre. Depuis, j’avais remarqué que mes mains brillaient dans le noir. Je croyais que ça partirait, mais j’ai découvert d’autres trucs. Hier j’ai soulevé un van abandonné dans un champ. Je l’ai porté sur cent mètres comme j’aurais fait d’un cageot de pommes.

C’est terrifiant. Trop lourd d’implications. Je ne recommencerai jamais. J’ai déjà la flemme de sortir faire les courses, alors devenir un superhéros, merci. Je n’ai rien demandé, je ne veux rien savoir.

N’en parle à personne. S’il-te-plaît.

Mercredi 2 mai 2018

Le cheval était à terre, malade et fatigué, si vieux..

A le voir ainsi, Diego prenait conscience du temps passé. Durant des années, il s’était acharné à ne rien voir, méprisant l’âge et ses raideurs. Maintenant il ne pouvait plus faire semblant. Sans le cheval, il n’aurait pas la force de continuer. C’était injuste. Tout était passé trop vite.

-Allons Don Diego, dit le vétérinaire. Il faut le soulager.

Il acquiesça. Discrètement, avec tendresse, il traça un signe avec le doigt sur le cou du cheval. « Adieu Tornado, vieux frère. »

Mercredi 26 avril 2018

« J’ai 1024 ans, disait Pépé. C’était la largeur des écrans en pixels quand j’étais petit. » Il n’arrêtait pas de faire cette blague, et Naël lui répondait d’un sourire compatissant.

Les repas chez Pépé, c’était vraiment la plaie. Il ressassait les souvenirs de sa vieille planète défoncée, abandonnée depuis cinq siècles.

« Les pins maritimes, l’Atlantique, c’était si beau » disait-il, croyant faire rêver Naël, alors que sur Encelade on avait le lierre grenadier, qui faisait des fleurs rouges superbes au bord de la mer d’Etain.

Mercredi 18 avril 2018

Sandro s’était enfui dans les canalisations avec le butin. Au départ, Buck le talonnait, mais il était moins endurant et avait perdu sa trace. Maintenant, le diamètre des tuyaux se réduisait. Les épaules de Buck râpaient les bords. Bientôt il dut ramper, puis se contorsionner. C’était absurde : Sandro était plus gros, il n’avait pas pu passer.

Quand il fut totalement coincé, Buck appela pourtant. Et loin devant lui, couvrant les cris des rats, il entendit Sandro qui riait.

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